Sylvie Fanchon

Sans titre (monochrome décoratif), 2008
Acrylique sur toile
114 x 162 cm
Collections FRAC-Artothèque Nouvelle-Aquitaine (Inv. : 201813)
© Adagp, Paris
Crédit photographique : Frédérique Avril
Sans titre (fantôme)
, 2015
Acrylique sur toile, 50 x 60 cm
Collections FRAC-Artothèque Nouvelle-Aquitaine (Inv. : 201814)
© Adagp, Paris
Crédit photographique : Frédérique Avril
Web Fanchon2

La réception récente d’un petit livre consacré à Sylvie Fanchon, édité par les Beaux-Arts de Paris (1), nous invite à nous plonger dans une vision synthétique du parcours de l’artiste pour mettre en exergue deux œuvres acquises en 2019 par le FRAC-Artothèque, deux importants jalons dans son itinéraire.
Imprimé dans un bleu franc en couverture et courant sur les pages de garde, la « monographie de poche » aux angles extérieurs arrondis recadre un tableau de 2009, Sans titre (Caractères), que l’artiste a offert à son collègue Pierre Alferi. L’écrivain y publie un texte, « Gratitude », qui donne son sous-titre à l’ouvrage, où il remercie avec moult détails Sylvie Fanchon pour son cadeau. Se penchant sur cette destination, l’auteur va jusqu’à projeter son portrait dans la silhouette rouge du Droopy de Tex Avery qui se profile au centre du vaste fond bleu du tableau. Cet effet de « droopisation » le conduit à s’interroger sur sa place en société, au sein de l’école en particulier, et finit par le convaincre d’offrir le tableau à l’institution pour en faire profiter un public plus large. D’où le terme de gratitude, particulièrement bien choisi, et le pourquoi de cette édition.
Une courte biographie de l’artiste par Ingrid Luquet-Gad introduit l’ouvrage et va droit au but : « Le contexte est posé : deux couleurs, une forme, un fond. La recherche picturale de Sylvie Fanchon se déploie entre ces coordonnées ». Plus loin, elle précise : « Née en 1953 à Nairobi, Sylvie Fanchon se dédie depuis le milieu des années 1990 à confronter les préceptes de la peinture abstraite à ce que viendrait y produire l’insertion d’éléments perturbateurs. Ceux-ci sont la plupart du temps puisés dans un univers quotidien, vernaculaire, issu de la culture de masse – celle qui circule et fonctionne. A la figure, elle préfère la forme. A la subjectivité de la touche et à la maestria du geste, la neutralité structurelle. A la profondeur, l’ambivalence » (2).
La critique organise ensuite la production picturale de Sylvie Fanchon selon trois grandes séries de motifs :
- les formes purement abstraites, qui en guise de sujet élisent en quelque sorte leur matérialité même.
- les mises en scène de personnages archétypaux de BD ou d’attributs théâtraux.
- les phrases ou les syntagmes déclinés en réserve.
La première peinture qui nous occupe ici fait partie de la première catégorie, à savoir celle des cadres traités en motifs. Cette série de « Monochromes décoratifs » a été travaillée par Sylvie Fanchon entre 2008 et 2012. Selon une même économie, à savoir un fond monochrome encadré par un motif imitant une bordure, un rinceau, Fanchon a travaillé selon des formats différents et dans des accords colorés inattendus: ocre / noir, jaune / rouge, bleu / rouge, noir / blanc, parme / noir. Notons que certaines combinaisons semblent se redoubler (cadre rouge sur fond jaune, cadre rouge sur fond bleu), alors qu’ailleurs se jouent plutôt des effets de positif/négatif lorsque le fond est noir et le cadre coloré. Le grand format qui clôt la série, telle que présentée dans l’ouvrage, paraît résumer les partis pris antérieurs et faire une transition avec la série suivante des Figures. Le motif du cadre pour le tableau est une sorte d’évidence qui pose de façon littérale la question du cadrage. Sylvie Fanchon elle-même, dans une courte note qui introduit le chapitre explicite : « Le tableau est un cadre, et le travail de construction est similaire au cadrage que l’on fait dans l’objectif de l’appareil photo ou le viseur d’une caméra. Il est important pour moi que cette pensée se matérialise de façon soustractive, que lorsque la peinture est finie, rien ne puisse s’enlever ou s’ajouter. Je prends le tableau pour ce qu’il est, une surface, et par goût de sa « réalité », je ne cherche jamais à représenter en trois dimensions … ».(3) On notera ici que le fond parme semble encadré par un épais filet noir interrompu par un motif trilobé qui se répète tout au long du périmètre, en symétrie sur les bords supérieur et inférieur, tête-bêche sur les cotés latéraux. On retrouve la trace de ce micro-événement plastique dans d’autres tableaux de la série précédente, « Motifs », mais il est traité ici à la frontière du fond et de la forme, comme une trace, un souvenir.
L’autre peinture, de 2015, fait partie des « Tableaux-scotch » et est un tableau charnière avec ses recherches les plus récentes. Partant de la matérialité du tableau lui-même, et de sa réalisation par empreintes de rubans de scotch qui envahissent l’espace du tableau, cette série évoque des gestes d’effacement sans expressivité, en négatif. L’artiste occulte la surface/écran par des bandes de scotch de masquage plus ou moins parallèles et dont les extrémités ont été ostensiblement déchirées. Dans cette série, les rapports colorés en rappellent d’autres : orange sur fond noir, parme sur fond noir, noir sur fond jaune et jaune sur fond noir. Le « Fantôme » qui nous occupe ici a été réalisé en blanc sur fond noir. C’est la seconde version d’un autre « Fantôme » produit juste avant. Six bandes blanches de longueurs variées sont superposées en double colonne sur le fond noir, séparées en leur centre par une verticale. L’ensemble s’organise telle une mise en page, et vers le bas du format, les lettres capitales du mot FAN TOM E se glissent au sein de cette grille, sur deux lignes, comme si le format de la typographie avait été mal calculé. Sur cette grille graphique où les lettres tentent de trouver leur place, SF a peint en noir le visage caricatural d’une sorcière qui, lui aussi, paraît chercher sa place au sein de la composition. Le dessin semble provenir de l’intérieur du tableau alors que sa surface est tout à fait plate. Comme une image enfouie, subliminale (?) à travers l’espace du langage et son ordonnancement.
A partir de 2014, Sylvie Fanchon a développé une nouvelle série dite « Cortana », nom d’une application d’assistance personnelle téléphonique qui fit soudain irruption dans sa vie. A travers des peintures murales, notamment, et aussi des tableaux, elle s’approprie des phrases édictées par cette intelligence artificielle – mais aussi des titres de films ou des jeux avec ses initiales Sylvie Fanchon – pour les décontextualiser. Ces textes sont déclinés en réserve, selon une typographie banale, en bichromie, et sont plus ou moins barrés ou effacés, quelquefois émaillés de silhouettes. Comme le résume Ingrid Luquet-Gad, « par l’humour et l’absurde, l’artiste court-circuite la déshumanisation inhérente à la mise en circulation du réel dupliqué en données, data et autres systèmes non plus bichromes, mais binaires comme l’est l’informatique ». (4)

Yannick Miloux, novembre 2020

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